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Le mirage du recyclage : pourquoi le tri sélectif n’est pas écologique

C’est un fait, le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Le recyclage et ses poubelles de tri sélectif soi-disant écologiques ne représentent pas une solution durable pour réduire ses déchets et limiter la pollution plastique. Alors, le recyclage, un mirage ?

Face à la colonisation terrestre et aquatique du plastique à usage unique, le recyclage pourrait apparaître comme une solution écologique. Pourtant, ce processus est loin d’être une issue de secours pour réduire ses déchets, préserver les ressources et limiter la pollution. Car le recyclage demande, en fonction du déchet traité, une bonne dose d’énergie, et ne règle pas le problème de la surconsommation, bien au contraire… Alerte greenwashing ?

Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas

Selon Flore Berlingen (citation ci-dessous), directrice de Zero Waste France et auteure du livre Recyclage, le grand Enfumage*, le recyclage est loin d’être la solution à nos problèmes écologiques. Pour elle, le recyclage est un véritable mirage, loin d’être écologique, et incite fortement à la surconsommation.

Le recyclage permet de ne pas remettre en question le jetable et les intérêts économiques liés, et d’éviter de se demander ce qu’il révèle – une surproduction – et ses origines, à rechercher dans les fondements du capitalisme et du productivisme.

Flore n’a pas tort. Quand on connaît les étapes de recyclage d’un emballage à usage unique, en plastique ou non, l’idée du tri sélectif perd vite son attrait écologique. En effet, le recyclage demande beaucoup énergie pour traiter les déchets à transformer. Et, aussi écologique soit-il, un emballage ou autre article à usage unique reste un déchet en puissance à produire sans cesse et à recycler en fin de vie, contrairement à un article réutilisable, produit une seule fois et se conservant à vie (ou presque).

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*Recyclage, le Grand Enfumage, ou comment l’économie circulaire est devenue l’alibi du jetable, aux éditions Rue de l’échiquier (2020).

Le recyclage, un processus gourmand en énergie qui prône l’usage unique

Notre société de surconsommation produit des déchets à vitesse grand V. Selon l’Institut de la Durée de Genève, près de la totalité des ressources naturelles que l’on prélève pour produire des biens de consommation se transformeraient en déchets en à peine 40 jours…

99% des ressources prélevées dans la nature se transforment en déchets en moins de 42 jours.*

Si l’idée de trier ses déchets dans des bacs spécifiques (le fameux tri sélectif) en fonction de leur nature a pu séduire, faisant croire à l’action écologique, le recyclage est pourtant loin d’être un geste durable. En plus, il peut arriver que certains déchets mis au tri ne soient même pas conservés une fois au centre de recyclage. C’est notamment le cas pour les déchets souillés ou trop sales, les emballages non recyclables ou les articles trop petits.

*Étude de 2006 publiée par l’Institut de la Durée de Genève.

Le recyclage infini est un mythe

En dépit de ce qu’on peut lire ou entendre aujourd’hui, le recyclage n’est pas possible à l’infini, et possède ses limites physiques et techniques. C’est notamment le cas du recyclage du plastique, une matière qui se recycle très mal, et pas plus de 2 fois. De plus, au cours du processus de transformation d’un déchet, il s’avère impossible d’éliminer tous les additifs ou impuretés qu’il contient. Résultat : un produit estampillé recyclé nécessite bien souvent des matières premières vierges

Sur les 8,3 milliards de tonnes de plastique produits dans le monde depuis sa création, seuls 9% ont été recyclés à ce jour.*

*Résultats de l’étude de Science Advances, première analyse à échelle mondiale à quantifier la totalité des matières plastiques produites.

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En fonction du type de déchet, le recyclage est plus ou moins gourmand en énergie

Si les matériaux “nobles” comme le verre ou le métal consomment moins d’énergie pour leur recyclage à la différence du plastique, ces emballages plus écologiques peuvent toutefois ne pas être recyclés en centre de tri. À titre d’exemple, il suffit qu’un emballage en métal contienne une fine couche de vernis sur son couvercle pour que le recyclage ne soit pas optimal. Résultat des courses : on prélève une ressource vierge supplémentaire pour fabriquer un nouveau produit partiellement recyclé. Une belle désillusion…

Le recyclage du verre ou du métal est certes très économe par rapport à la production de matières premières vierges, mais cette comparaison ne prend pas en compte les scénarios qui permettraient d’éviter leur production.

Flore Berlingen

Bien que matériau écologique, le verre est plus ou moins gourmand en énergie lors de sa fabrication, son transport et son recyclage. Pour recycler un emballage en verre, il faudrait faire chauffer la matière jusqu’à 1000°C. Si le recyclage d’un emballage en métal évite de puiser dans de nouvelles ressources (et encore, pour cela, il faudrait que l’article soit brut sans ajout d’autre matière, ce qui est rarement le cas), cette transformation représente aussi près d’une tonne d’équivalent CO2.

Recycler un emballage, quel qu’il soit, c’est aussi une consommation d’eau non négligeable, car le processus requiert plusieurs lavages, voire prélavages.

Le recyclage type d’une bouteille en plastique

Pour recycler une bouteille d’eau (ou de soda) en plastique, il faudrait d’abord opérer à une phase de lavage à l’eau chaude pour éliminer les additifs et résidus (colles, déchets éventuels, impuretés…). S’en suit un savant processus de broyage de l’emballage, accompagné d’un second lavage à l’eau pour nettoyer une première fois les paillettes obtenues. Ces paillettes de plastique sont lavées une seconde fois pour séparer le PET des autres types de plastique (bouchon et étiquette). Enfin, on procède à l’essorage, au séchage, au tri et à un dernier assainissement s’il s’agit d’un emballage alimentaire.

N’en oublions pas le bilan carbone des trajets en camion nécessaires à la récupération des bouteilles en poubelle, à l’acheminement en centre de tri et une fois le recyclage fini… Un produit réutilisable aurait pourtant pu éviter cette pollution et perte d’énergie.

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Verre, plastique, papier ou acier, même combat !

Le meilleur déchet n’existe pas, nous l’avons déjà assez répété comme ça. Le recyclage est un processus énergivore, où chaque emballage se recycle à coup d’énergie fossile ou nucléaire (charbon, pétrole et co), et où l’eau semble gaspillée inutilement.

Mais le plastique n’est pas le seul produit recyclé sur le banc des accusés. Comme on a pu le constater, une bouteille en verre émet elle aussi un certain poids de CO2 pour se faire recycler (environ 390 g). Idem pour le papier ou le carton qui se compostent facilement, mais qui demandent énormément d’eau pour leur production. Ce gaspillage d’énergie pourrait pourtant être facilement évité en choisissant de privilégier des emballages et objets durables et réutilisables.

Jérémie Pichon, auteur du fameux guide La Famille Presque Zéro Déchet* voit le recyclage comme une solution de dernier recours pour traiter les déchets impossibles à éviter et permettre la démarche circulaire.

Le recyclage n’est pas la solution. Il permet aux industriels de continuer à produire de l’emballage, la clé du business mondialisé. Le marketing du suremballage permettant de vendre plus et de booster le CA des multinationales.

Jérémie Pichon

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*Famille Presque Zéro Déchet, Ze Guide, Jérémie Pichon-Bénédicte Moret, Editions Thierry Souccar.

L’enfumage Eco-Emballage

Vous avez certainement déjà observé le logo Eco-Emballages sur les packagings de nombreux produits de consommation (flèche couleur sapin enlaçant une bulle vert clair – parfois imprimé en noir et blanc). Cette société privée qui prône le tri, la collecte et le recyclage des emballages comporte autant d’actionnaires peu enclins à passer au zéro déchet : Unilever, Coca Cola, Nestlé ou encore L’Oréal… Des marques particulièrement attachées aux valeurs du packaging à usage unique… Le logo d’apparence écolo est trompeur, car il n’indique en aucun cas que l’emballage est recyclable, mais bien que la marque cotise auprès de cette société. Un bel exemple de greenwashing.

eco emballage logo
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Privilégier le compostable au recyclable

Bien sûr, vivre aujourd’hui dans un monde sans poubelle parait utopique. Car parfois, on n’a pas d’autre choix que d’utiliser son bac de recyclage pour déposer un produit en fin de vie. Même si l’emballage compostable fait partie de la grande famille des packagings à usage unique, et requiert un certain quota d’énergie pour se produire à l’infini, ce déchet plus vert demande en revanche moins de ressources pour se “recycler” en fin de vie chez un particulier doté d’un composteur. Pas de traitement préalable nécessaire pour le retourner à la terre ! Privilégiez donc les emballages compostables aux emballages recyclables si vous bénéficiez d’un bac à compost.

La consigne ou le vrac pour éviter l’impact environnemental du recyclage

Pour éviter le recyclage, énergivore, le zéro déchet apparaît comme la solution la plus adaptée aux enjeux climatiques actuels, permettant ainsi d’éviter de gaspiller des ressources supplémentaires. Acheter ses produits et denrées en vrac chez le primeur ou le boulanger, favoriser les articles et contenants réutilisables à l’infini, tant en ce qui concerne l’alimentaire que la santé, l’hygiène ou la mode, des solutions essentielles pour réduire son impact carbone sur le long terme.

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Et vous, que pensez-vous de l’attrait écologique du recyclage et du tri sélectif ? Partagez-nous votre avis sur la question en commentaire !

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