Derrière la tendance du « fait maison », des gestes simples, oubliés ou moqués, qui refont surface. Et si ces gestes avaient finalement tout bon, aujourd’hui comme hier ? En les redécouvrant, les foyers cherchent autant l’autonomie que le plaisir, et réapprennent à ralentir dans un monde qui va trop vite.
Autrefois ancrée dans le quotidien, puis rangée au placard au profit de la facilité moderne, elle revient aujourd’hui comme une évidence. Cette habitude, c’est celle de faire soi-même. Faire son pain, ses yaourts, ses produits ménagers, voire même ses vêtements. Un retour aux sources qui ne relève plus d’un simple effet de mode, mais bien d’un changement de cap dans nos manières de vivre et de consommer. Porté par les enjeux écologiques, les crises successives et l’envie de retrouver du sens, ce mouvement s’infiltre dans nos cuisines, nos salles de bain et nos salons, transformant peu à peu nos routines du quotidien.
Le retour du « fait maison » : une revanche discrète sur l’ère du tout-prêt
Pendant des décennies, la société a couru après le gain de temps. Les plats surgelés, les lessives industrielles et les vêtements à bas coût ont conquis les foyers. Tout semblait plus simple, plus rapide. Mais cette simplicité cachait un prix : perte de qualité, impact écologique désastreux, dépendance aux grandes marques. Aujourd’hui, la roue tourne. Lentement, mais sûrement.
Faire son pain au levain est devenu presque une tendance. Les yaourtières, reléguées aux brocantes, retrouvent une place de choix sur les plans de travail. Les lessives maison fleurent bon la lavande dans les buanderies. Non, ce n’est pas un retour en arrière. C’est une réappropriation du quotidien, une volonté de comprendre ce qu’on consomme, ce qu’on met sur sa peau ou dans son assiette.
Plus étonnant encore, ce sont souvent les jeunes générations qui ouvrent la voie, smartphones à la main et levain sous le bras ! Preuve que la modernité n’exclut pas les retours aux fondamentaux.

Pourquoi cette habitude ancienne fait-elle autant d’adeptes ?
Ce regain d’intérêt pour le « fait maison » ne tombe pas du ciel. Il s’explique par un faisceau de raisons très concrètes :
-
La crise écologique pousse à repenser les modes de consommation, en limitant les emballages, les transports et les produits transformés.
-
L’inflation rend certaines denrées ou produits du quotidien de plus en plus chers. Faire soi-même devient souvent plus économique.
-
La défiance envers l’industrie alimentaire ou cosmétique grandit. Additifs, ingrédients douteux, éthique floue… la liste est longue.
-
Le besoin de sens se fait sentir. Mettre la main à la pâte, au sens propre comme au figuré, redonne une forme de contrôle et de satisfaction.
Il y a aussi, plus subtilement, une recherche de réconfort. Faire son pain ou sa confiture, c’est aussi renouer avec des gestes appris d’une grand-mère, des souvenirs d’enfance, des odeurs familières. Et en ces temps incertains, tout ce qui rassure est le bienvenu.
Cuisiner, mais pas seulement : le DIY à toutes les sauces
La cuisine est souvent le point de départ. On commence par une pâte à tartiner maison, on enchaîne avec des conserves, des bouillons de légumes, puis on se surprend à fabriquer son vinaigre ou à relancer une vieille machine à coudre.
Dans la salle de bain, le dentifrice maison côtoie les savons saponifiés à froid et les déodorants solides. Les ingrédients sont simples : bicarbonate, huiles essentielles, argile, vinaigre de cidre… et les résultats bluffants. Moins de plastique, moins d’irritants, plus de satisfaction.
Côté entretien, le ménage au vinaigre blanc et au savon noir détrône petit à petit les produits pétrochimiques. Le linge sent peut-être moins “l’odeur marketing”, mais il est propre, doux, et la planète respire un peu mieux.
Même les armoires se mettent au vert. Raccommodage, tricot, couture de sacs ou de lingettes lavables… le textile maison a le vent en poupe. On échange des patrons, on chine des tissus, on personnalise ses créations. Un vêtement rapiécé devient une pièce unique, une affirmation de style et de conviction.

Un savoir-faire à redécouvrir, avec patience et recul
Attention cependant aux raccourcis romantiques. Non, tout n’était pas mieux avant. Faire soi-même demande du temps, de la patience, de l’organisation, et parfois quelques ratés. Il y a des jours où la pâte ne lève pas, où le savon pique les yeux, où la lessive maison ne suffit pas à venir à bout d’un maillot de foot…
Mais là encore, l’expérience change tout. Car ces gestes sont aussi des opportunités d’apprendre, de transmettre, de ralentir. Ils rassemblent les familles autour d’un atelier de cuisine ou d’une création manuelle, créent du lien, de la transmission, parfois même de l’émotion.
Et surtout, il n’y a pas de dogme. On peut faire son pain sans faire ses cosmétiques. On peut acheter un savon solide et continuer à porter du prêt-à-porter. L’essentiel, c’est la démarche : revenir à ce qui a du sens, redonner de la valeur aux choses simples.
Une pratique ancienne qui répond aux défis d’aujourd’hui
Ce qui est fascinant, c’est à quel point cette habitude du passé colle parfaitement aux enjeux du présent. Sobriété énergétique, autonomie alimentaire, limitation des déchets, économie circulaire… tout cela s’incarne dans ces gestes oubliés qui reviennent au galop.
Et contrairement aux idées reçues, faire soi-même n’est pas réservé aux retraités ou aux bobos parisiens. Cela séduit des étudiants, des familles modestes, des parents pressés, des néo-ruraux comme des urbains convaincus. Parce que cette habitude est à la fois accessible, adaptable, et profondément gratifiante.
Et si, dans un monde en quête de résilience, c’était ça le vrai luxe ? Savoir faire, plutôt que faire faire. Comprendre, plutôt que consommer. Créer, plutôt qu’acheter.
Car au fond, cette habitude du passé n’a rien perdu de sa modernité. Elle s’adapte, se transmet, se réinvente. Et dans chaque foyer qui l’adopte, elle allume une petite lumière de bon sens et de fierté !

